La réforme de Benoît XVI par Mgr Nicolas Bux
publié dans regards sur le monde le 11 mai 2010
La réforme de Benoît XVI par Mgr Nicols Bux
La liturgie entre innovation et tradition.
Mgr Nicolas Bux est professeur de liturgie et de théologie sacramentaire à l’Institut de théologie de Bari en Italie. Il est aussi consulteur de la Congrégation pour la doctrine de la foi et de la Congrégation pour les causes des saints et depuis septembre 2008, il est également consulteur au Bureau des Célébrations liturgiques du Souverain Pontife, dirigé par Mgr Guido Marini.
Il vient d’écrire un livre intitulé « la Réforme de Benoît XVI » avec comme sous titré « la liturgie entre innovation et tradition ». Ce livre écrit en 2008 en Italien a été traduit en français en 2009 et publié aux éditions Tempora.
Il exprime clairement son but à la fin de son livre : « Nous voudrions aider à comprendre la liturgie et à la célébrer comme la rencontre de l’homme avec Dieu et la cause de la vie morale de l’homme. Nous voudrions faire comprendre que les abus dans le domaine de la liturgie et donc de sa dégradation, sont les symptômes du vide spirituel actuel, et nous voudrions aussi indiquer la voie qui permettra à la fois de restaurer l’esprit de la liturgie, comme signe de l’unité de la foi apostolique et catholique, et aussi de promouvoir un débat sérieux et un chemin d’éducation, en suivant la pensée et l’exemple de ce pape, qui a permis la reprise du mouvement liturgique. Il faut considérer l’esprit de la liturgie comme étant l’adoration de Dieu le Père par Jésus-Christ dans l’Esprit Saint, et comme le moyen pédagogique par excellence pour entrer dans le mystère et en être transformé du point de vue de la vie morale et de la sainteté » (p. 183)
Ces simples propos laissent entendre que la réforme liturgique issue du Concile Vatican II ou mieux issue du travail du « Concilium », organisme créé par Paul V, à l’issue du Concile Vatican II, pour mettre en œuvre et en application la constitution liturgique « Sacrosanctum Concilium », n’est pas exempte de « reproches », loin de là. « Abus », « dégradation », « restauration de l’esprit liturgique » qui est « adoration » du vrai Dieu…Tous ces mots expriment, vous en conviendrez une crise dans le domaine de la liturgie ecclésiale. Il est urgent de procéder à une « réforme liturgique » dans l’esprit du pontife Benoît VI, qui, par tous ses écrits et son exemple, cherche à relancer le « mouvement liturgique » dans la ligne du Concile Vatican II, de « Sacrosanctum Concilium » qui ne « serait » nullement en rupture avec la Tradition apostolique et plus particulièrement avec les derniers documents de Pie XII, notamment dans sa lettre apostolique « Mediator Dei ».
Notre exposé examinera essentiellement deux idées corrélatives et une conclusion
-La réforme liturgique de 1969 n’est pas « idoine » en tous points. Ici, le Père Bux fait allusion, ou s’appuie sur les différentes critiques qui furent adressées au fil du temps contre cette réforme.
Il écrit : « Certains se sont aperçus que la réforme n’était pas aller tout à fait dans la bonne direction » (Bux p. 102), s’éloignant de la pensée du document conciliaire. Ici son expression est timide. Mais ailleurs, dans le chapitre V, il parlera plus nettement ; il parlera de « l’effondrement » liturgique, raison de la crise de l’Eglise. Il dira même que Paul VI, dépassé par le « Concilium », dut intervenir pour imposer des « corrections ». « Corrections », c’est son terme ! En particulier, sur le fameux article 7.
Et pour montrer que la « liturgie » in illo tempore, « est devenu un véritable chant de bataille » (Bux p. 69) il fera référence aux critiques du Cardinal Antonelli, à la lettre des cardinaux Ottaviani et Bacci. Il en fait un bon résumé. Il fera allusion aux critiques du cardinal Ratzinger, critiques qui aboutiront, lorsqu’il sera élu pape, « à la trêve », c’est son mot, de la bataille liturgique, avec la publication du Motu Proprio « Summorum Pontificum ». Il en fera une belle présentation objective. (Cf..p 85-105) Il faut noter qu’il ne fera aucune allusion au Cardinal Stickler qui pourtant aida puissamment le cardinal Ratzinger. Toutefois, il parlera une fois de Mgr Gamber et reconnaît que Mgr Gamber tint des critiques particulièrement sévères sur cette réforme liturgique. Il est vrai. Et pourtant son livre, « la réforme liturgique en question » fut préfacé par le cardinal Ratzinger.
Ce sera notre première idée.
-Si donc la réforme liturgique n’a pas atteint sa finalité, quelles seraient les grandes idées réformatrices ? Autrement dit quelles sont les idées réformatrices de Benoît XVI ? Que propose-t-il à l’Eglise comme « réforme de la réforme » ? Cette partie du livre de Mgr Bux est longue. Elle comprend les trois derniers chapitres. Je ne ferai que résumer l’exposé de Mgr Bux.
– enfin nous conclurons en parlant du mode de cette réforme
Donc deux parties :
Les critiques de la réforme dite « conciliaire »
Les idées liturgiques essentielles qui doivent être au cœur de la réforme.
Et une conclusion : Le mode de la réforme. Cette idée est importante. En effet on critiqua beaucoup le mode – « à pas de charge » – par lequel les « réformateurs » imposèrent leur réforme en 1970. Il ne faut pas renouveler…
Première partie : Les critiques de la réforme liturgique.
A- les critiques du cardinal Antonelli.
Dans ses mémoires, récemment publiées en Italie, le cardinal Antonelli, « expert et secrétaire de la commission conciliaire sur la liturgie » (p .69), est en effet très critique sur l’œuvre du Concilium. Le Père Bux résume bien la critique du cardinal :
Il avait formulé un jugement peu favorable au sujet des travaux de cette commission, et il s’était fait cette opinion dès la première réunion : il citait en particulier, le changement des membres de la commission ou concilium(42 membres), l’incompétence de nombres d’entre eux, leur soif de nouveauté, les débats mené et conclus trop rapidement, des votes succités dans des conditions chaotiques, notamment dans le but d’approuver le plus rapidement possible certaines résolutions, l’instabilité et l’incertitude provoquées par la réforme, ce qui mena trop souvent à l’arbitraire de certaines mesures. Parmi les deux cents consulteurs on comptait six protestants dont Max Thurian ; ces derniers jouèrent un rôle actif dans la création de la nouvelle messe. Certes il serait exagéré d’affirmer que leur action fut négative en tant que telle, car il faut voir quelle a été concrètement leur influence. Antonelli se plaignait aussi du fait qu’on faisait et privilégiait les expérimentations liturgiques, et il se demandait dans quelle mesure ces dernières pesèrent sur les décisions de la commission et, par la suite, quelle fut leur importance dans l’application de la réforme. Il dénonçait aussi l’esprit de critique et de suffisance à l’égard du saint Siège, l’introduction du rationalisme dans la liturgie et, corollairement, le mépris envers la vraie pitié. Il notait ceci : « Je crains qu’un jour on soit obligé, de dire de cette réforme ce qui fut affirmé au sujet des hymnes au temps d’Urbain VIII : « acceptit latinitas recessit pietas, ce qui appliqué à la réforme liturgique, donnerait : « accepit liturgia recessit devotio. Je voudrais me tromper ». Le cardinal estimait que le problème venait du fait qu’on avait imposé les éléments de la réforme au sein du Concilium ; de plus il faisait remarquer que les liturgistes n’étaient pas tous des théologiens, alors que, dans la liturgie, chaque parole et chaque geste a un contenu théologique. On doit aussi ajouter que l’empressement a empêché de mener à bonne fin les recherches historiques nécessaires » Là, Mgr Bux invoque une expérience personnelle, celle touchant la suppression de la fête de saint Nicolas…. « C’est pourquoi Antonelli qualifia le travail préparatoire à la réforme liturgique comme une opération de désacralisation et de sécularisation »
« On peut évoquer aussi un autre thème corrélatif au précédent ; il a été énoncé par Paul VI durant la phase de la réforme, à partir de certains tendances et expérimentations : jusqu’au Concile, les normes liturgiques étaient unanimement respectées, car étant donné leur objet, elles étaient à juste titre considérées comme sacrées. Or, après le concile, beaucoup considérèrent que, dans la pratique, elles n’existaient plus. On n’éprouvait plus aucune vénération, ni aucune estime pour ce qui était transmis tout le long des siècles et on pouvait même parler d’aversion à l’égard de cet héritage. Ce changement d’attitude était dû au fait que chacun s’estimait autorisé à agir selon sa propre volonté »
« Enfin on ne peut passer sous silence le jugement sévère formulé par le cardinal Antonelli au sujet de la formation, d’une part, de Mgr Bugnini, qui est considéré comme le principal artisan de la réforme liturgique, et d’autre part, du cardinal Lercaro, qui, à cette époque, était président du Concilium. Ceux qui on t bien connu Antonelli peuvent attester que son avis n’était nullement exagéré. La décision de Paul VI d’envoyer Bugnini en Iran comme nonce apostolique, tend a confirmer cette opinion, de même que les jugements sévères exprimés par des experts français membres du Concilium. Et le fait que les oppositions les plus dures contre la réforme aient surgi justement en France n’est certainement pas le fruit du hasard »
Cf p. 69-72
Toutes ces critiques du cardinal Antonelli sont tirées du livre de N. Giampietro, le cardinal F. Antonelli et les développements de la réforme liturgique de 1948 à 1970, les pages 233-271.
B- Les critiques du cardinal Ottaviani et Bacci
Mgr Bux résume bien la réaction des cardinaux Ottaviani et Bacci présentant au pape Paul VI le Bref Examen Critique ;
« L’institutio generalis ou Présentation générale du missel romain, publié en avril 1969, provoqua aussitôt la réaction indignée des cardinaux Ottaviani et Bacci qui, dans une lettre adressée à Paul VI soumirent un Bref examen critique du nouveau rite de la messe préparée par les experts du Concilium pour l’application de la constitution sur la sainte liturgie. Ils dénonçaient dans la nouvelle Institutio un « éloignement impressionnant par rapport à la théologie catholique de la sainte messe », et ils demandaient « de continuer à recourir au Missel Romain de saint Pie V, dont l’intégrité et la fécondité spirituelle ont été tant loués par votre Sainteté, et qui est vénéré et aimé si profondément par le monde catholique tout entier ».
Pourquoi cela ?
Mgr Bux résume bien la critique des cardinaux.
Il rappelle tout d’abord que la « nouvelle messe » présentée par Mgr Bugnini lui-même au Synode de 1967 ne donna pas satisfaction (Cf p. 77). Loin de là. Le Nouvel Ordo Missae fut néanmoins promulgué deux ans plus tard par Paul VI dans la constitution Missale romanum.
Les deux cardinaux faisaient remarquer « qu’on assistait à un bouleversement de la tradition immuable de l’Eglise, qui remontait à l’époque de saint Grégoire le Grand, qui avait été recueillie dans le missel de saint Pie V et, dès lors était considérée comme normative »(p.75) Les deux cardinaux faisaient remarquer en outre « que la définition de la messe étant réduite à celle d’un « repas » (en référence à la Cène), on n’y trouvait pas les notions suivantes : la présence réelle, la réalité du sacrifice, la sacramentalité du sacerdoce du prêtre consacrant les oblats, et la valeur intrinsèque du sacrifice eucharistique indépendamment de la présence de l’assemblée. En un mot, les dogmes essentiels qui constituent la messe étaient absents de cette définition »(p. 75)
« Ces mêmes cardinaux faisaient aussi observer que l’expression : « Memoriale passionis et Resurrectionis Domini » était inexacte, car la messe est le mémorial du seul sacrifice, qui, en soi, est rédempteur, alors que la résurrection est la conséquence de la rédemption ». Ils dénonçaient aussi notamment le fait que la finalité ultime de la messe, à savoir le fait d’être le sacrifice de louange offert à la Très Sainte Trinité, avait disparu.
Ils dénonçaient la perte de la finalité propitiatoire de la messe et l’accent mis sur la notion de repas, de nourriture. Ils dénonçaient également les expressions équivoques concernant la Présence réelle de NSJC. La lettre critiquait aussi la fonction assignée à l’autel, qui était constamment appelé « table », et d’où le Saint sacrement était exclu, puisqu’il avait été décidé qu’il ne pourrait être conservé à cet endroit. « De là naîtra une dichotomie irréparable entre la présence de Jésus éternel et grand prêtre dans le célébrant, et cette même présence qui est réalisée dans le sacrement. Avant, ces deux présences n’en faisaient qu’une seule. Maintenant, en revanche, on recommande de conserver le Saint-Sacrement dans un lieu séparé, où la dévotion privée des fidèles peut se manifester, comme s’il s’agissait en quelque sorte d’une relique »
La conclusion que tire Mgr Bux de toutes ces critiques est la suivante. Il reconnaît que cette lettre des deux cardinaux ne provoqua pas « un tremblement de terre » mais « son effet n’en fut pas moins important ». Paul VI dut suspendre la publication de l’Institutio, et ordonna de la corriger et la publia de nouveau une année plus tard en mai 1970. On sait que c’est principalement l’article 7 de l’Institutio Generalis qui fut substantiellement modifié.
Cf. p. 74-79
C- un point faible de la réforme remarquée par Paul VI lui-même reprise par Mgr Bux et également exprimée par le Cardinal Ratzinger :
Le pape Paul VI, lors de l’audience générale du 22 août 1973, exprimait sa crainte de voir la réforme liturgique être l’occasion d’ « expérimentations abusives », ce qui « offenserait le sens ecclésial ». Donc Paul VI dénonçait ici les mille « expérimentations arbitraires »…Mais elles furent rendues possibles par la réforme elle-même. En effet sans cesse dans les explications du rituel on trouve les expressions sans cesse utilisées: « vel…vel, pro opportunitate » (Cf. RB p. 79). Toutes ces innovations permises ont jeté un « trouble dans l’esprit de nombreux fidèles concernant la doctrine catholique de la messe » (p. 79) et « renforçaient le sentiment de nostalgie éprouvé par beaucoup à l’égard de l’ancienne rite » (p. 79) Aussi comprend-on que Paul VI lors du Consistoire du 27 juin 1977 ait mis en garde « les contestataires » contre leurs improvisations, leur tendance à banaliser les rites , leurs légèretés et même leurs profanations, et il leur demandait sévèrement de s’en tenir aux normes établies afin de ne pas compromettre la regula fidei, le dogme, la discipline ecclésiastique, la lex credendi et orandi. Le Pape admonestait aussi les traditionalistes en leur demandant de reconnaître le caractère « accidentel » des changements introduits dans les rites sacrés » (p. 79-80). (NB Cette phrase est assez caractéristique de la pensée de Mgr Bux cherchant toujours un équilibre, cherchant à diminuer tout ce qui pourrait être l’expression d’une grave opposition…)
Le cardinal Ratzinger, lui-même, en juillet 2001 à Fontgombault exprimait le souhait que ces « expérimentations arbitraires » cessent totalement. C’est même un des éléments importants de « sa réforme de la réforme ».
Voyiez ce qu’il disait en conclusion du colloque sur la liturgie qui s’est tenu à Fontgombault les 22 et 24 juillet 2001 : « Pour le missel en vigueur (i.e. celui de Paul VI qu’il faut réformer) le premier point serait, à mon avis, de rejeter la fausse créativité qui n’est pas une catégorie de la liturgie. On a rappelé plus d’une fois, ce que le Concile dit réellement à ce sujet : c’est seulement l’autorité ecclésiastique qui décide, ce n’est pas le droit d’un prêtre ou des quelques personnes de changer la liturgie. Mais dans le Nouveau Missel nous trouvons assez souvent des formules comme : sacerdos dicit sic, vel simili modo…ou bien : hic sacerdos potest dicere…Cette formule du Missel officialise en fait la créativité ; le prêtre se sent presque obligé de changer un peu les paroles, de montrer qu’il est créatif, qu’il rend présent à sa communauté cette liturgie ; et avec cette fausse liberté qui transforme la liturgie en catéchèse pour cette communauté, on détruit l’unité liturgique et l’ecclésialité de la liturgie. Donc, il me semble – ce serait déjà une chose très importante pour la réconciliation -que le Missel soit libéré de ces espaces de créativité qui ne répondent pas à la réalité profonde, à l’esprit de la liturgie. Si avec une telle réforme de la réforme, on pouvait revenir à une célébration fidèle, ecclésiale, de la liturgie, ce serait, à mon avis, déjà un pas important, parce que l’ecclésialité de la liturgie apparaîtrait de nouveau clairement ».
Cf « Autour de la question liturgique » p. 180.
D- Les critiques de Mgr Gamber.
Mgr Bux fait aussi allusion aux critiques exprimées par Mgr Gamber. Elles sont exprimées pour beaucoup dans son livre en français : « la réforme liturgique en question ». Il introduit le passage sur Mgr Gamber en faisant tout d’abord remarquer « Enfin, dans le nouveau rite, il n’est pas rare qu’on ait censuré ou modifié le sens du texte de l’édition typique en langue latine. » -ce qui est vrai pour la prière de l’ « orate fratres » et la réponse du peuple « succipiat ». La traduction française n’est pas une « traduction. Elle est une trahison.- Mgr Bux poursuit : « Rappelons que le jugement de l’un des meilleurs historiens et spécialistes de la liturgie romaine et des rites orientaux, Klaus Gamber, à ce sujet, est particulièrement sévère ». (Cf RB p. 103-104)
« Sévère » ou « vraie »… ? Cette remarque est assez typique de la pensée de Mgr Bux
Et pourtant le cardinal Ratzinger, préfaçant ce livre, présentait Mgr Gamber comme le « maître » d’une réforme qu’il faut sans retard « initier »…
E- Les critiques du cardinal Ratzinger de la réforme liturgique.
-Une des critiques fondamentales de la pratique liturgique actuelle faite par le cardinal Ratzinger c’est qu’on a oublié ou perdu de vue la dimension transcendantale de la liturgie. Mgr Bux prend cette idée ratzinguérienne à son compte : « la crise qui a touché la liturgie est due au fait que, souvent, on ne met plus en son centre Dieu lui-même et l’adoration qui Lui est due mais les hommes, la communauté… L’effondrement de la liturgie commence lorsqu’elle n’est plus comprise et vécue comme un acte d’adoration de la Très sainte Trinité en Jésus-Christ, ni comme la célébration de toute l’Eglise catholique, et pas seulement la célébration d’une communauté locale, dont les évêques et les prêtres sont les ministres, c’est-à-dire les serviteurs et non les patrons. Les plaintes continuelles de certains liturgistes au sujet des insuffisances dans l’application de la réforme liturgiste, et les expériences qu’on emploie pour la rendre attrayante, indiquent que l’esprit de la liturgie s’est dégradé. On a réduit la liturgie à une autocélébration de la communauté particulière. Le phénomène de la créativité liturgique se cache derrière le relativisme doctrinal : l’Eucharistie est la première à avoir subi les conséquences d’une idée qui est étrangère à l’Eglise catholique : « Je suis convaincu » confie Joseph Ratzinger, « que la crise ecclésiale dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui dépend en grande partie de l’effondrement de la liturgie » comme expression de l’adoration de Dieu. (Ratzinger, Ma vie : souvenirs 1927-1977)
Cf. RB p. 109-110
-Mgr Bux insiste également sur une autre critique importante du Cardinal : on a commencé à accentuer la dimension conviviale de la messe au détriment de la dimension sacrificielle
-Enfin Mgr Bux reconnaît que le cardinal Ratzinger a toujours affirmé que le rite de Saint Pie V n’a jamais été aboli. Il cite la conférence donnée par le Cardinal à Rome en 1998 alors qu’il recevait les communautés Ecclesia Dei. Le cardinal s’appuyait aussi sur l’autorité du cardinal Newman : « Les rites peuvent disparaître, si ceux qui les ont utilisés à une époque particulière disparaissent eux-mêmes, ou si le contexte de la vie de ces personnes change. L’autorité de l’Eglise a le pouvoir de définir et de limiter l’usage de tels rites dans des situations historiques différentes, mais elle ne peut jamais purement et simplement les abolir ! Le concile a décidé que les livres liturgiques seraient réformés, amis il n’a pas interdit les livres précédents ». Cf ; RB p. 122-123
F- Le jugement de Mgr Bux :
Mgr Bux nous donne aussi son jugement sur la réforme liturgique sous une forme très nuancée et équilibrée : « On ne peut pas dire que la réforme liturgique n’a pas démarré, même si elle avancer en slalom, et pas dans la droite ligne du mouvement liturgique du XXe siècle, notamment de la restauration entreprise par Pie XII, si bien que, tels certains navires pris dans la tempête, elle parait souvent échouer dans les ports de fortune. Ainsi il reste certaines ombres à dissiper sur la manière dont elle fut entreprise et réalisée. Est-on allé au-delà des intentions du concile ? Acceptons de décréter une trêve au milieu de cette bataille : l’usus antiquior de la messe est revenu à l’ordre du jour, à côté du nouveau. Si certaines formes rituelles semblent bien avoir cédé face à l’esprit du monde, nous sommes maintenant en mesure d’écarter toutes nos craintes, dans la mesure où nous entreprenons d’approfondir et de redonner vie aux usages anciens »
Cf RB p. 83-84
Ou encore : « Il est vrai que le pape Paul VI désirait simplement restaurer le rite de saint Pie V, c’est-à-dire la liturgie de saint Grégoire le Grand, mais, hélas, dans un premier temps, ce sont les experts qui ont pris le projet en mains, et ils ont « fabriqué » autre chose. Quand Paul VI s’en aperçut, il essaya en vain de réagir, parce que, comme on le dit familièrement, le bétail s’était échappé de son enclos. Et cela a provoqué ensuite la fracture bien connue, puisque beaucoup se sont aperçus que la réforme n’était pas allée tout à fait dans la bonne direction ». Cf RB p.101-102 (NB Cette phrase est encore typique de la pensée de Mgr Bux. Il est capable d’utiliser cette image très forte « le bétail est sorti de l’enclos » puis d’atténuer en disant « la réforme n’est pas allée tout à fait dans la bonne direction »)
Il démontre cette « infidélité » de la réforme liturgique à la pensée conciliaire en faisant remarquer que la réforme entretient une équivoque entre la présence du Christ dans l’Ecriture Sainte et la présence réelle du Christ dans l’Eucharistie. Il exprime cette idée dans son beau chapitre intitulé : « Les deux théories nées du Biblicisme ». Il reprend une critique du Bref Examen Critique du Cardinal Ottaviani. Il écrit : « On met au même niveau la présence de Jésus-Christ dans le Saint Sacrement et sa présence dans la parole contenue dans les livres des saintes Ecritures. Or, on ne peut parler d’une telle présence que lorsque on lit dans l’Eglise les saintes Ecritures. Ainsi pour que le Christ soit présent, il faut deux conditions : que la lecture se fasse en Eglise et non d’une manière privée, et qu’on lise les saintes Ecritures, c’est-à-dire qu’il ne suffit pas que le lectionnaire soit déposé à l’ambon ou sur l’autel. La présence du Christ dans la parole est une réalité transitoire liée à l’usage ; c’est une présence morale alors que la présence du Christ dans le sacrement de l’Eucharistie est substantielle et permanente. En effet elle existe indépendamment de la célébration. De plus, la présence de Dieu dans la parole est médiate, liée à un acte de l’esprit humain, et à la vie spirituelle plus ou moins fervente de la personne ; enfin elle est limitée dans le temps. La conséquence d’une telle équivoque est tout à fait visible dans beaucoup de régions du monde : on affirme çà et là, ou, du moins, on insinue, que la présence réelle dans l’Eucharistie est liée à l’usage qu’on en fait, et qu’elle est limitée à cet usage. Cette présence ne serait donc pas substantielle, mais elle varierait en fonction des circonstances ». Cette « équivoque » est absolument dénoncée par la Constitution Dei Verbum au n° 21
Cf. RB p. 125-129
G- La trêve voulue par le pape.
Quoi qu’il en soit de cette « bataille » liturgique », une trêve est aujourd’hui voulue par Benoît XVI. C’est la raison de son Motu Proprio Summorum Pntificum du 7 juillet 2007 qui est analysé par Mgr Bux dans son chapitre 4 intitulé « la trêve voulue par le Pape. Cf. RB p. 85
Là, il expose les deux idées essentielles de ce document
– d’une part le pape veut le retour dans l’Eglise de la messe dans son expression la plus ancienne. « La forme ancienne de la messe appartient à la tradition de l’Eglise catholique, et elle ne peut donc être censurée ; au contraire il convient de la mettre en œuvre, avec la nouvelle forme » (p. 102)
– d’autre part il faut entreprendre « la réparation des dégâts liturgiques » qui se sont fait connaître dans l’Eglise à l’issue du Concile et après le Concile Vatican II (p. 104).
Quelles sont les grandes idées de cette restauration liturgique ?
Ce sera l’objet de cette seconde partie.
Deuxième partie : les grandes idées de la réforme liturgique de Benoît XVI ou « Réflexions sur le renouveau de la liturgie.
A-L’adoration.
Si la perte du sens de l’adoration est la première raison de l’ « effondrement de la liturgie », il est clair qu’il faut retrouver dans la liturgie ce sens de l’adoration. « La vérité est que le saint Père oriente toujours la réflexion concernant la liturgie vers l’affirmation suivante : la liturgie a essentiellement pour objet l’adoration de Dieu, et c’est même sa raison d’être. » (Cf . RB p. 131 ss)
Sur ce sujet capital, j’ai écrit un article dans Item, voici la substance :
La finalité de la liturgie c’est le culte de la majesté de Dieu. Voilà ce qui doit animer la liturgie. C’est ce qu’affirme le n° 33 de Sacrosanctum concilium : « La liturgie est principalement le culte de la majesté de Dieu ».
Or nous avons une célébration liturgique aujourd’hui qui oublie souvent cette finalité. Elle est devenue bien trop « horizontale », bien trop « égocentrique » – parce que tournée essentiellement sur elle-même, sur la communauté. C’est cet aspect « égocentrique » qui met en péril la dimension cultuelle de la liturgie. C’est ce que le pape dit dans son livre « L’esprit liturgique » à la page p.20. C’est ce qu’il répétait récemment aux évêques brésiliens en visite ad limina: la liturgie aujourd’hui « s’occupe de beaucoup de choses au lieu d’être tournée vers le seul Seigneur », vers le seul Dieu. S’il en est ainsi, elle cesse d’être « chrétienne » disait-il. « Au nom de l’inculturation, on s’éloigne souvent de cette priorité » : Dieu. Aussi condamne-t-il clairement cet « horizontalisme », o combien réelle aujourd’hui. La liturgie n’est pas un « simple événement convivial et fraternel » mais, parce qu’elle a essentiellement Dieu pour objet, elle doit lui rendre honneur, elle doit le révérer en raison de son suprême « dominium » sur toutes choses ou comme le dit saint Thomas, en raison qu’Il est le premier principe de la création et du gouvernement des choses » (II II 81 3). Dans le culte liturgique, l’être humain doit lui manifester révérence et soumission, honneur. D’où l’importance des gestes liturgiques ! Ils doivent être nourris de excellence divine qui est unique et singulière. Oui ! La liturgie a essentiellement pour objet l’adoration de Dieu. Voilà l’axiome fondamental en matière liturgique. C’est cet aspect pris en compte qui doit permettre la restauration liturgique dans l’Eglise. Il l’explique dans les premières pages de son livre « L’esprit de la liturgie ». Là, il part du récit de l’Exode et du « bras de fer » entre Moïse et le Pharaon pour laisser partir le peuple hébreux dans le désert adorer son Seigneur et Maître. Il écrit : « l’objectif de l’Exode semble être l’adoration dans la forme liturgique fixée par Dieu. Ainsi Israël se met en route, non pour devenir un peuple comme les autres, mais pour servir et adorer Dieu de la façon voulue par Lui » (p 16).Le but de l’Exode c’est « la liberté de pouvoir adorer Dieu comme il l’exige … (p. 18). Aussi n’a-t-il pas de termes assez sévères pour condamner le peuple de s’être adonné au culte trop humain, le « culte du veau d’or ». Il écrit : « Un tel culte ne sert donc plus à élever l’homme vers Dieu mais à abaisser Celui-ci au niveau de l’humain, à rendre Dieu accessible n’importe où, n’importe quand ». C’est une simple « apparence » d’adoration. Dieu, en réalité, le peuple « le manipule et se place au dessus de lui ». C’est pourquoi « c’est un culte auto-généré, engendré par un sentiment de toute puissance ». C’est une « autocélébration qui donne à la communauté sa garantie d’exister ». « Très éloigné de l’adoration de Dieu, cette danse autour du veau d’or est une ronde fermée sur elle-même, le symbole d’un culte qui se cherche et se termine en un acte banale d’autosatisfaction ».
Et là, il vise manifestement la liturgie moderne…En ce sens que ce récit du veau d’or constitue sans nul doute un avertissement pour nos jours infortunés. Il doit nous « dissuader de toute forme de culte arbitraire et égocentrique, où il ne s’agit plus de s’approcher de Dieu mais de se fabriquer de toute pièces un monde alternatif. A ce stade, la liturgie n’est plus qu’un jeu vide de contenu. Pire encore, c’est une apostasie sous le manteau du sacré. Que peut-il en résulter, si ce n’est un sentiment de frustration, une sensation de vide – très éloignés de l’expérience libératrice qui toujours se produit lors de la véritable rencontre avec le Dieu vivant ». (p. 20)
N’oublions donc jamais que « la liturgie est avant tout un service sacré accompli devant Dieu » (Mgr Gamber La reforme liturgique en question p. 17). Ainsi donc le culte de Dieu est l’élément essentiel de la liturgie. Voici sa finalité théocentrique.
B- Le prêtre à l’autel
Si le prêtre à l’autel de la liturgie réformée attire tous les regards à soi oubliant ainsi la finalité eschatologique de la liturgie, il faut revoir son rôle à l’autel.
C’est là une grande idée de Benoît XVI. Il l’exprime dans le premier tome de son livre « Jésus de Nazareth »
Cf. RB p 135 : Analyse du livre de Ratzinger : « Jésus de Nazareth ». le chapitre 5 sur la prière.
On peut dire que « l’ exhibitionnisme » du prêtre à l’autel a pris le pas sur l’adoration. Et pourtant la liturgie n’est ni exhibitionnisme. Elle est adoration. Elle n’est pas « spectacle » elle est humble adoration..
Le prêtre doit être debout devant Dieu et le servir fidèlement : Mgr Bux utilise la belle expression du Canon II. :« astare coram te et tibi ministrare » et la commente.
On peut résumer cette pensée : « Le culte catholique est passé de l’adoration de Dieu à l’exhibition du prêtre, des ministres et des fidèles » (p. 142). Il faut arrêter cela.
C’est pourquoi il faut retrouver la célébration « ad orientem »
C La célébration « ad orientem ».
Voilà la deuxième grande idée réformatrice du Pape. Parce que la liturgie est adoration, elle doit retrouver son orientation ad orientem, vers l’est, vers l’orient. Comme le dit le pape dans son livre «L’esprit de la liturgie » : « on ne tourne plus le regard vers Jérusalem, son rideau est déchiré à jamais. Le regard se tourne maintenant vers l’Orient, vers le soleil levant ». (p 57) le soleil étant assimilé au Christ. « L’orient prend symboliquement le relais du Temple de Jérusalem et le Christ, représenté par le Soleil devient le lieu du trône du Dieu vivant » (p 58). L’orientation des églises vers l’est ainsi que la prière manifeste symboliquement l’aspect théocentrique de la liturgie. Il est urgent, si l’on comprend bien l’esprit de Benoît XVI, de retrouver le symbolisme de l’Orient ; il écrit dans l’Esprit de la liturgie : « l’orientation versus populum est l’effet le plus visible d’une transformation qui…implique une conception nouvelle de l’essence de la liturgie : la célébration d’un repas en commun. »(p. 65). Le prêtre est devenu ainsi « le véritable point de référence de la célébration eucharistique. Tout se rapporte à lui. Il faut le regarder, suivre ces gestes, lui répondre ; c’est sa personnalité qui porte toute l’action. » (p 67) et c’est pourquoi Dieu est de plus en plus absent de la liturgie. L’important, dit le pape c’est d’être ensemble. La finalité cultuelle de la liturgie disparaît.
« Ainsi la position du prêtre tourné vers le peuple fait de l’assemblée priante une communauté refermée sur elle-même. Celle-ci n’est plus ouverte…vers le ciel », vers le Seigneur. C’est pourquoi l’orientation commune vers l’est du prêtre et du peuple demeure essentielle. Il ne s’agit pas, dit le pape, d’un élément accidentel de la liturgie. L’important n’est pas de regarder le prêtre, mais de tourner son regard commun vers le Seigneur car il n’est plus question ici – i.e. lors de la consécration – de dialogue mais d’une commune adoration, de notre marche vers celui qui vient. Un cercle fermé n’est donc pas une forme capable de traduire l’élan commun dans une même direction de prière » (p 69)
Voilà bien expliqué le nécessaire retour vers la célébration « ad orientem ». Il est capital si l’on veut retrouver le sens de l’adoration dans la liturgie et donc sa finalité transcendantale.
Mgr Bux explique bien cela dans un très bel exposé des papes 143-148. Il conclut fortement : « Ratzinger souhaite donc qu’on retrouve la tradition apostolique de l’orientation vers l’est des édifices chrétiens et aussi de l’action liturgique, là où c’est possible »
(Cf L’esprit de la liturgie p. 67)
Le cardinal Ratzinger exprimait cette idée dans le colloque de Fontgombault en 2001 : « Le troisième problème est la célébration versus populum. Comme je l’ai écrit dans mes livres, je pense que la célébration vers l’orient, vers le Christ qui vient, est une tradition apostolique » (Cf Autour de la question liturgique p. 181).
Ce pendant si cela n’est plus possible, il faut qu’il y ait au moins la croix sur l’autel :
« Cependant, je suis contre la révolution permanente dans les églises ; on a restructuré maintenant tant d’églises que recommencer de nouveau en ce moment ne me semble pas du tout opportun. Mais s’il y avait sur les autels une croix, une croix bien en vue, comme point de référence pour tous, pour le prêtre et pour les fidèles, nous aurions notre orient parce que finalement le Crucifié est l’orient chrétien ; et sans violence, on pourrait, me semble-t-il, faire ceci : donner comme point de référence le Crucifié », la Croix, et ainsi une nouvelle orientation à la liturgie. Je pense que ce n’est pas une chose purement extérieure : si la liturgie se réalise en un cercle clos, s’il y a seulement le dialogue prêtre-peuple, c’est une fausse cléricalisation et l’absence de chemin commun vers le Seigneur vers lequel nous nous tournons tous. Donc avoir le Seigneur comme point de référence, pour tous, le prêtre et les fidèles, me semble une chose importante et tout à fait faisable et réalisable ».
(Cf Autour de la question liturgique ; p. 181).
D- La participation des fidèles.
Il faut également retrouver le sens du silence dans la célébration liturgique. Cf. RB p. 139
Il faut retrouver le sens de l’agenouillement, signe d’adoration. Il cite le cardinal Ratzinger : «La liturgie chrétienne est une liturgie cosmique, du fait qu’elle nous fait plier les genoux devant le Seigneur crucifié et élevé de la terre. Voici quel est le centre de la vraie « culture », – la culture de la vérité. Le geste humble qui consiste à se prosterner aux pieds du Seigneur nous met sur le vrai chemin de la vie, en harmonie avec tout le cosmos » Cf. RB p. 141. Il faut également retrouver le sens de la dévotion. Il cite saint Thomas : « Tout comme la passion du Christ elle-même, ce sacrifice bien qu’il soit offert pour tous, ne produit pourtant son effet qu’en ceux qui par la foi et la charité s’unissent à la Passion du Christ….et il leur profite plus ou moins selon la qualité de leur dévotion » (Cf.RB p. 142)
E- Le caractère sacré de l’Eglise.
Enfin il faut retrouver le caractère sacré de l’Eglise, de la beauté liturgique, et s’éloigner de l’usage profane de l’Eglise. N’oublions pas que l’Eglise est avant tout la maison de Dieu. N’oublions pas l’importance de la dédicace de l’Eglise. Elle est vouée au service de Dieu. (Cf. RB p 148-155)
Voilà les grandes idées que le pape désire faire appliquer dans la « réforme de la réforme ».
Mais comment procéder ? Ce sera notre troisième partie et notre conclusion.
Troisième partie : Le mode de la « réforme de la réforme »
Puisque la réforme liturgique n’est pas « parfaite », puisqu’elle n’est pas encore « achevé », il faut se mettre au travail. Il n’est pas question de procéder à la « hussarde » mais bien avec doigté. Mgr Bux écrit : « Il faut agir d’une manière différente de celle qui a prévalu durant la période postconciliaire ». « De plus il ne faut rendre obligatoire que ce qui est nécessaire. De même il est indispensable d’expliquer ce qu’il est possible de faire, et il convient d’encourager les discussions et donc le dialogue » (Cf RB p. 157)
Il faut se mettre à l’étude liturgique et surtout à la connaissance « des fondements théologiques de la liturgie qui sont décrits d’une manière synthétique dans le catéchisme de l’Eglise catholique (articles 1077-1112), sur la base de la constitution sacrosanctum Concilium. Ces principes permettront de mettre en évidence les éléments textuels et rituels qui ont besoin d’être restaurés ». (p. 158)
J’ajouterais toutefois : en faisant attention cependant aux aspects « modernistes, équivoques ou contradictoires » de certains articles de ce document. Il ne faut pas oublier la déclaration de Mgr Lefebvre du 21 novembre 1974…
Il faut cesser toute improvisation en matière liturgique. (p. 158). Il faut retrouver le sens de la discipline de l’Eglise. Il faut expliquer que la liturgie est « sacrée et divine ». « A côté du mot liturgie il faut réintroduire celui de culte » (p. 159). Pour s’aider à cultiver cela, on peut reprendre les études de Pie XII juste avant le Concile : Mystici corporis et Mediator Dei. Mgr Bux nous renvoie aussi à la constitution « Missale Romanum ». Mais ici il ne faut pas oublier les critique dont elle fut l’objet…Cf le Bref Examen Critique.
Il faut restaurer l’étude de la liturgie dans les séminaires, enseigner « l’ars celebrandi », en s’inspirant du document de Benoît XVI : « Sacramentum caritatis : qui nous encourage à retrouver l’aspect d’adoration de la liturgie, à respecter le tabernacle et même à le remettre sur l’autel, à travailler l’homélie, à restaurer le vrai geste de paix ; « le recours à la concélébration doit être revu » (p. 164) ; la langue latine doit de nouveau faire partie de la formation des futurs prêtres.
Il faut aider chaque chrétien à mieux comprendre la véritable nature de la liturgie
Enfin il faut revoir les traductions. C’est à cela que s’emploie la Congrégation du culte divin. C’est la troisième préoccupation du cardinal Ratzinger. Il l’expliquait toujours dans ce fameux colloque à Fontgombault en 2001 : « le deuxième point dont on a parlé ce sont les traductions : le chanoine Rose nous a dit des choses importantes ; la crise est presque encore plus grave, aux Etats-Unis, dans le monde anglo-saxon, avec le changement permanent du langage, avec le problème du political correct et celui du langage inclusif. Il y a des communautés aux Etats-Unis où, au nom du langage inclusif, on n’ose plus dire « au nom du Père et du Fil et du Saint Esprit, parce que c’est du masculinisme : Père et Fils, deux hommes. On dit alors : « au nom de Créateur, du Rédempteur et de l’Esprit-Saint ». C’est seulement un exemple pour montrer la gravité de ce problème et l’insistance de quelques évêques (pas de la Conférence épiscopal comme telle) pour qu’on utilise ce qu’ils appellent le langage réel, l’autre ne serait plus, selon eux, le langage réel. Le langage inclusif fait disparaître des choses essentielles, comme par exemple dans les psaumes toute structure christologique, parce que les paroles masculines sont interdites Donc le problème des traductions est un problème grave. Il y a un nouveau document du saint Siège sur ce problème qui, me semble-t-il, constitue un progrès très réel. J’ajouterai ceci : on devrait aussi conserver quelques éléments de latin dans la liturgie normale ; une certaine présence du latin, comme lien de communion ecclésiale, me semblerait opportun » (p181)
Il est vrai que le respect de toutes ces consignes permettrait le retour à la beauté liturgique, à sa restauration dans l’Eglise.
Conclusion
Mais arrivera-t-on à restaurer la liturgie si l’on maintient dans les esprits ecclésiastiques la doctrine exprimée dans la constitution « Missale romamun » et surtout son document introductif : l’Institutio generalis ». La doctrine de l’article 7 première formule de l’Institutio generalis n’a-t-elle pas « formaté » pour longtemps des générations d’ecclésiastiques. Ne faudra-t-il pas attendre de nouvelles générations de prêtres ? C’est probable. Le maintien de la Nouvel Messe n’est-il pas un obstacle objectif à tous ces efforts remarquables, efforts qui nous réjouissent ? La question est posée. Quant à moi, il m’appartient de garder fidélité à la messe dite de saint Pie V qu’il vaudrait mieux appeler, comme le demande Mgr Bux, il est vrai, messe de saint Grégoire le Grand. Le maintien ou non de la Nouvelle Messe n’est pas en mon pouvoir mais en celui de l’autorité ecclésiastique.